Le Vatnajökull

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photo de vatnajokfull en Islande

Le Vatnajökull en chiffres


Avec ses 8 100 km2, le glacier Vatnajökull est le plus grand d’Islande et le deuxième plus grand d’Europe après celui d’Austfonna situé sur l’archipel norvégien des Svalbard (8 490 km2). Mais avec une épaisseur moyenne de 400 m, la calotte atteignant même jusqu’à 1 000 m d’épaisseur par endroits, le Vatnajökull, comme on l’entend dire souvent, est bien le plus grand d’Europe par le volume (3 100 km3 contre seulement 1 900 km3 pour la compétition norvégienne).

Couvrant près du 8% du territoire islandais au sud-est de l’île, l’influence de la calotte du Vatnajökull sur le climat de la région est énorme. Ainsi, la partie sud du glacier est-elle la région d’Islande qui reçoit le plus de précipitations (entre 4 000 et 5 000 mm par année en moyenne, soit l’équivalent d’environ 10 à 15 m de neige par an sur le sommet de Hvannadalshnúkur, le point culminant de l’Islande), alors qu’une centaine de kilomètres plus loin, dans la région d’Askja au nord du glacier, les précipitations sont inférieures à 400 mm par an en moyenne, soit moins que dans bien des régions méditerranéennes !

L’année 2008 a vu la création du Parc national de Vatnajökull. À l’époque, cela permit de regrouper sous une même autorité deux parcs nationaux déjà existants : celui de Skaftafell au sud et celui du canyon de Jökulsárgljúfur au nord. Mais la loi instaurant la création du parc entérina aussi et surtout, sous son égide, la création de nouvelles aires protégées incluant l’ensemble du Vatnajökull à proprement parler, ainsi que de nombreux sites remarquables situés sur les pourtours du glacier. C’est ainsi que des merveilles naturelles comme les cratères du Laki, la caldeira d’Askja, le volcan Snæfell et le lac de Langisjór, pour ne citer qu’eux, sont devenus partie intégrante d’une vaste zone naturelle protégée d’environ 14 000 km2, soit environ 14% du territoire islandais.

Malgré cela, de nombreuses voix s’élèvent pour élargir encore la superficie des aires protégées en Islande. Avec seulement 1/5e de son territoire protégé en réserves naturelles et autres parcs nationaux tels que celui du Vatnajökull, et malgré l’extrême fragilité de sa nature, l’Islande est à ce chapitre très loin derrière de nombreux pays tels que le Vénézuela (54%), la Slovénie (53%) ou de ses voisins les plus proches comme le Groenland (41%), la Norvège (29%) et même le Royaume-Uni (28%).

La chronique d’une mort annoncée


Comme tous les glaciers du monde, le Vatnajökull a vu sa superficie et son volume diminuer au rythme du réchauffement climatique tout au long des XXe et XXIe siècles. Ce que l’on sait moins, c’est que le climat et les glaciers d’Islande ont connu une histoire mouvementée depuis l’arrivée des Vikings sur l’île il y a un peu moins de 1200 ans, et pas seulement au cours des 120 dernières années.

Ainsi, à la fin du IXe siècle, le climat était-il plus doux qu’il ne l’est aujourd’hui, permettant même la culture de céréales sur l’île. Certaines sources laissent même à penser que le Vatnajökull était alors bien moins grand qu’il ne l’est aujourd’hui, au point où il était vraisemblablement morcelé en 2 ou 3 glaciers plus petits, séparés entre eux par de grandes vallées.

Par la suite, à partir du Moyen-Âge, une période de refroidissement climatique notable a affecté l’ensemble de l’Europe et l’Amérique du Nord. Cette petite ère glaciaire permit aux glaciers d’Islande de reprendre du poil de la bête et d’atteindre à la fin du XIXe siècle ce qui fut leur position la plus avancée depuis l’arrivée de l’homme sur l’île.

Aujourd’hui, le réchauffement marqué du climat, surtout dans les régions circumpolaires du globe, se traduit par un recul généralisé des glaciers de la planète. En Islande, les observations et les études glaciologiques laissent à penser que d’ici 150 à 200 ans tout au plus, et si rien ne change bien entendu, les glaciers de l’île auront totalement disparu. Considérés dans leur ensemble, l’épaisseur des glaciers islandais diminue à raison d’1 mètre par année en moyenne, mais à un rythme qui va en s’accélérant. Localement, la fonte des glaciers est même bien plus drastique encore, l’épaisseur du glacier Hofsjökull situé au centre du pays ayant par exemple diminué de 100m au cours des 30 dernières années seulement.

Le Vatnajökull étant le plus grand et surtout, le plus épais des glaciers islandais, c’est sans doute celui qui résistera le plus longtemps à ce déclin généralisé. Mais à moins d’une inversion rapide des tendances observées, il n’échappera pas pour autant à son sort. On le voit d’ailleurs déjà très bien autour de Skaftafell par exemple, les langues glaciaires de Skaftafellsjökull et Svínafellsjökull ne cessant de reculer et de s’éloigner les unes des autres d’année en année.

Quant à la lagune glaciaire de Jökulsárlón, de l’autre côté du sommet de Hvannadalshnúkur, elle ne cesse au contraire de s’agrandir. L’épaisseur du glacier ayant diminué et son front ayant commencé à reculer, une dépression est progressivement apparue en lieu et place de la glace dans le courant des années 1930, remplie par les eaux de la fonte du glacier. Cette dépression, c’est le glacier lui-même qui l’avait creusée lors de ses belles années de jeunesse, lorsque tout puissant, il se laissait lourdement tomber au pied des montagnes sous l’effet de son propre poids. Mais d’ici quelques décennies tout au plus, au rythme où le glacier recule actuellement, la langue glaciaire de Breiðamerkurjökull qui descend en direction des plaines depuis la calotte du Vatnajökull aura complètement disparu, laissant derrière elle une dépression dont la partie se situant sous le niveau de la mer sera de l’ordre de 5km de large et 25km de long. Dans un futur certainement un peu plus lointain que cela encore, quand la mer aura fini d’éroder la plaine de sable qui la sépare de la lagune, c’est un fjord qui s’étendra alors ici dans toute sa splendeur…

Les volcans du Vatnajökull


S’il est souvent fait référence à l’Islande comme étant une terre de glace et de feu, c’est que sous ses principaux glaciers se trouvent d’énormes volcans. Mais si ces mastodontes pensent naïvement avoir trouvé de bonnes cachettes sous ces épaisses couches de glace, les volcans sous-glaciaires islandais sont en fait étroitement surveillés par la communauté scientifique. Car leurs éruptions peuvent vraiment prendre des proportions dantesques… On n’a qu’à penser, pour s’en convaincre, à l’éruption du volcan-glacier Eyjafjallajökull en 2010, même si celle-ci ne s’est avérée être qu’une toute petite éruption de rien du tout. Un pet de troll, en somme, en comparaison des surprises de taille que pourraient nous réserver d’autres cerbères de Vulcain.

Sous le glacier Vatnajökull sommeillent ainsi les volcans parmi les plus notoires d’Islande :

  • Öræfajökull, le plus grand volcan islandais par la taille (2110m au pic de Hvannadalshnúkur) et par le volume (370 km3). Littéralement le « glacier des terres désolées » ou « des terres abandonnées », il hérita de son nom suite à l’éruption qui, en 1362, dévasta la région agricole qui s’étendait jusqu’alors à ses pieds, ne laissant derrière elle que dévastation et désolation.
  • Grímsvötn, le plus actif depuis le début XXe siècle (9 éruptions, soit plus de 20% des épisode éruptifs enregistrés en Islande au cours des 120 dernières années). On doit aussi au système volcanique l’éruption du Laki qui, à la fin du XVIIIe siècle (1782-1784), bouleversa la nature et la société islandaise. Lakagígar, « les cratères de Laki », se sont formés le long d’une faille éruptive de 25 km. Cette éruption donna lieu à la formation de 130 cratères qui émirent 15 milliards de mètres cubes de lave, soit l’équivalent d’un cube dont chaque arrête serait longue de 2,5 km !
  • Bárðarbunga, le système volcanique auquel on doit la coulée de lave de Þjórsárhraun qui s’est formée il y a environ 8700 ans et reste à ce jour la plus grande de la planète à s’être formée après la fin de la dernière ère glaciaire (975 km2, 25 milliards de mètres cubes de lave, soit l’équivalent d’un cube dont chaque arrête serait longue de quasiment 3 km). Certes, sous l’épaisse couette de glace du Vatnajökull, le volcan somnole depuis bien longtemps maintenant. Mais suite à l’éruption d’Holuhraun survenue au nord du volcan sur une période de 6 mois en 2014-2015, éruption qui a donné lieu à la formation d’un champ de lave de 85 km2 (1,6 milliards de mètres cubes de lave, soit l’équivalent d’un cube dont chaque arrête serait longue de près de 1,2 km), peut-être doit-on s’attendre, après de nombreux siècles de faible activité, à un réveil durable de la bête?

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