Hekla

DanielFreyr

Dominant les plaines agricoles du sud-ouest de l’Islande, le volcan Hekla est situé aux portes de la réserve naturelle de Fjallabak (littéralement « derrière les montagnes »). Du haut de ses 1491 m et avec sa silhouette sombre et menaçante, le volcan semble d’ailleurs vouloir intimider et tenir à bonne distance les curieux qui envisageraient d’aller voir ce qui peut bien se passer derrière son dos.

Que le mot hekla ait à l’époque voulu dire « cape » ou « capuchon » en norois, la langue des Vikings, il a en tout cas été choisi par les premiers colons parlant de la montagne pour illustrer le fait que son sommet est souvent caché dans les nuages alors même que, tout autour de lui, le ciel peut être complètement dégagé. Et de fait, même par grand beau temps, une aura sinistre et ténébreuse semble bien émaner du volcan Hekla, aujourd’hui l’un des plus actifs d’Islande. La montagne n’a cependant pas toujours joui d’une aussi mauvaise réputation, en tout cas pas dans les premiers temps…

L’éruption de 1104


Lors de la colonisation de l’Islande aux IXe et Xe siècles, les terres relativement fertiles de la région entourant le mont Hekla attirèrent initialement bon nombre de fermiers vikings. Mais après une longue période d’inactivité d’au moins 250 ans, les derniers sursauts de la bête datant d’avant l’arrivée de l’homme sur l’île, une éruption majeure secoua le volcan. Un beau jour de l’automne 1104, le volcan explosa et se mit à cracher des quantités colossales de scories et de cendres volcaniques. À la suite de cette éruption, une fine couche grisâtre de cendres recouvrit jusqu’à la moitié du pays. Mais dans les environs immédiats du volcan, les dégâts furent bien plus importants, l’éruption subite et inattendue du volcan ayant pris la population locale au dépourvu. Ainsi, de nombreuses fermes de la région furent-elles ensevelies et leurs habitants asphyxiés sous une couche brûlante de téphras de plusieurs mètres d’épaisseur.

Suite à cet événement cataclysmique et traumatisant pour la jeune nation islandaise, le volcan fut longtemps considéré par ses habitants ainsi que par toute la Chrétienté comme étant l’une des portes de l’Enfer. Ainsi, ces nuages qui semblaient ne jamais vouloir s’éloigner de la gueule du volcan, n’étaient-ils pas l’âme des damnés brûlant dans les feux du purgatoire ?

L’hekla de 1104 à 1947


La montagne a depuis été secouée par de nombreuses autres éruptions. On en a dénombré une vingtaine depuis celle de 1104, soit environ deux par siècle en moyenne. Les périodes d’accalmie les plus longues au cours de ces 900 dernières années ont été de l’ordre de 100 ans, la plus courte n’ayant quant à elle duré que 9 ans (entre 1991 et l’an 2000). Certaines de ces éruptions ont été mineures, mais une bonne proportion d’entre elles (un tiers environ) a donné tout de même donné lieu à des épisodes volcaniques importants et parfois même dévastateurs.

Ainsi, suivant une longue période d’accalmie d’une centaine d’année, l’éruption de 1947 marqua-t-elle fortement les esprits. Elle commença avec une grande explosion qui fut entendue partout dans le pays, jusqu’à des distances de l’ordre 300km, tel que sur l’île de Grímsey tout au nord de l’Islande. Dans les 20 minutes qui suivirent cette explosion, un nuage de vapeur d’eau et de cendres volcaniques atteignant une altitude de 30km fut observé au-dessus du volcan. Cette explosion initiale d’une puissance inimaginable se traduisit par exemple par l’expulsion de bombes volcaniques d’un diamètre de 50 centimètres ou plus et d’un poids de l’ordre de 20kg jusqu’à des distances de 30km et plus. À peine plus de 2 jours après le début de l’éruption, après avoir été transporté dans les très hautes couches de l’atmosphère, des cendres de l’éruption retombèrent au sol aussi loin qu’à Helsinki, à près de 3 000 km de là… On se doute que l’aviation civile à l’époque n’était rien comparée à ce qu’elle est aujourd’hui. Mais qu’on s’imagine un peu comment le monde d’aujourd’hui réagirait à un tel cataclysme naturel…

Quoiqu’il en soit, cette première phase explosive de l’éruption fut ensuite suivie d’une phase effusive, moins dévastatrice mais qui dura malgré tout près de 13 mois. Au terme de cette éruption, les coulées de lave nouvelle crachées par le volcan recouvraient une superficie somme toute modeste (environ 40 km2) mais leur épaisseur considérable, de l’ordre de 100m par endroits, modifia la physionomie et le profil du volcan, l’altitude de la montagne augmentant de fait de près de 50 m.

L’Hekla aujourd’hui


L’éruption de 1947 semble avoir initié le début d’une période d’activité accrue du stratovolcan, Hekla connaissant une série de 4 éruptions entre 1970 et 2000. Après bientôt 20 ans d’accalmie, sa prochaine saute d’humeur est donc aujourd’hui attendue de pied ferme ! Mais difficile de déceler les indices d’une éruption à venir, Hekla étant notoire pour son imprévisibilité. Ainsi, à l’occasion de son dernier caprice en février 2000, les premiers signes qu’une éruption était imminente ne furent-ils décelés…que 15 minutes avant le début de l’éruption !

Bref, rien qui ne vienne améliorer la mauvaise réputation de l’impétueux volcan…. C’est notamment pour cette raison que l’ascension de la montagne, bien qu’elle soit techniquement très facile, n’est que rarement entreprise et n’est en tout cas pas à conseiller si vous souhaitez arriver entier et en bonne santé au terme de votre séjour en Islande.

Les environs du volcan


Mais que cela ne vous effraie pas trop et ne vous empêche pas de partir à la découverte des superbes sites qui, dans la région encerclant le dôme volcanique, sont situés à bonne distance des zones les plus à risque.

Il y a d’abord les paysages lunaires absolument époustouflants qu’offre le versant nord du volcan le long de la route F225. Sur cette piste 4×4 menant à la réserve naturelle de Fjallabak et au site de Landmannalaugar, vous serez plongé dans un univers sombre et minéral, à la fois intimidant et exaltant, comme seuls les paysages désertiques peuvent l’être.

Il y a aussi Þjórsárdalur, la très belle vallée de la rivière glaciaire Þjórsá qui contourne les abords du volcan par le nord. Vous y découvrirez Gjáin, une gorge encerclée d’orgues basaltiques, véritable oasis de verdure où l’angélique pousse en abondance au milieu de multiples résurgences d’eau cristalline. Non loin de là, vous pourrez d’ailleurs visiter les vestiges de la ferme de Stöng, des fouilles archéologiques ayant permis de mettre à jour ses ruines ensevelies sous les téphras que l’on doit à l’éruption d’Hekla en 1104. D’autres très belles chutes et cascades telles que Hjálparfoss, Tröllkonuhlaup, Þjófafoss et Fossabrekkur ponctuent la région. Mais la plus remarquable d’entre elles, accessible uniquement par une piste 4×4 qui grimpe en direction des haut plateaux au nord de la Þjórsá, reste sans conteste celle d’Háifoss, la « grande cascade » (122m) qui avec Granni, sa « voisine », se jettent dans un canyon spectaculaire.

Il y a enfin toute la région sauvage, inhabitée et fantastique du Fjallabak qui se cache à l’ombre du volcan Hekla. Dans cette région, pendant le très court été arctique, seule une poignée de pistes, situées à bonne distance du volcan, sont ouvertes à la circulation pour les véhicules de location 4×4 traditionnels. De fait, les abords immédiats du volcan ne peuvent donc être réellement explorés qu’à bord d’un véhicule super-jeep, conduit par un chauffeur-guide expert et pouvant seul emprunter les pistes déglinguées qui sillonnent les recoins les plus sauvages de la région. Ou mieux encore, pourquoi ne pas vous lancer dans un trek accompagné avec un guide local ? Cette approche naturelle et sportive reste sans conteste la meilleure façon de traverser cette région magnifique et incroyablement diversifiée !

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